
J’ai décidé d’arrêter de publier sur LinkedIn. Ce n’est pas un coup de tête, c’est un constat qui mûrissait depuis plusieurs mois.
À une époque, j’y trouvais des retours d’expérience, des articles techniques et des discussions entre professionnels. Aujourd’hui, mon fil d’actualité est devenu autre chose : des publications générées à la chaîne, des histoires personnelles largement romancées, les mêmes conseils reformulés cinquante fois, et des images générées en quelques secondes censées illustrer un schéma de VLAN ou une architecture Active Directory — souvent fausses. Beaucoup de contenu, très peu de valeur.
Chaque fois que j’en parle, la même remarque revient : « Tu critiques l’IA, mais tu l’utilises. » Oui. Complètement. Et je vais expliquer comment, parce que la nuance est justement tout le sujet.
Comment j’utilise réellement l’IA
L’IA est un outil formidable, à condition de savoir s’en servir — comme tous les outils.
La quasi-totalité de mes tutoriels, articles et formations commencent de la même façon : j’écris d’abord le contenu moi-même. Le fond vient de mon expérience, de plusieurs années passées à installer, casser, réparer, migrer et documenter des infrastructures.
Une fois cette première version terminée, j’utilise l’IA pour :
- améliorer la fluidité du texte ;
- reformuler les passages mal exprimés ;
- corriger les fautes d’orthographe ;
- rendre certaines explications plus accessibles.
Le temps gagné sur la rédaction, je le réinvestis là où il compte vraiment : les tests, les captures d’écran, les vérifications et l’approfondissement technique. Et avant publication, les informations sont testées et recoupées avec plusieurs sources — ce que beaucoup ne faisaient déjà pas avant l’arrivée de l’IA, en se contentant du premier lien Google.
L’IA accélère mon travail. Elle ne remplace ni mon expérience, ni mes tests.
Le vrai problème
Ce qui me dérange n’est donc pas l’IA. C’est son usage pour fabriquer du contenu.
Des articles écrits sans aucune expérience derrière. Des tutoriels générés sans avoir jamais installé la solution. Des explications illustrées par des images qui n’apportent rien. Le résultat semble crédible au premier regard, mais reste creux.
Le plus gênant, c’est qu’un débutant n’a plus les moyens de distinguer un véritable retour d’expérience d’un texte simplement bien rédigé.
L’algorithme n’aide pas
Les plateformes encouragent ce phénomène. Les algorithmes valorisent la fréquence de publication bien plus que le temps passé à produire quelque chose de solide. Ne rien publier pendant quelques semaines, c’est disparaître ; publier tous les jours, c’est rester visible.
Cette logique pousse mécaniquement à produire toujours plus : recycler d’anciens articles, découper un sujet en dix posts, reformuler la même idée sous plusieurs formats. Le phénomène n’est pas propre à LinkedIn — YouTube et les moteurs de recherche suivent la même pente.
S’ajoute à cela la baisse progressive de la portée organique : même avec plusieurs milliers d’abonnés, une publication ne touche plus qu’une fraction de sa communauté. La plateforme propose alors de sponsoriser. Le modèle est compréhensible, mais il installe une idée pénible : produire un bon contenu ne suffit plus, il faut aussi satisfaire un algorithme.
Le contenu technique s’adapte particulièrement mal à ces règles. Un bon tutoriel sur Active Directory, Docker ou Ansible reste utile plusieurs années, mais génère peu de réactions immédiates. L’engagement est devenu une métrique plus importante que l’utilité.
L’expérience ne se génère pas avec un prompt
Je ne prétends pas tout savoir. Après plus de quinze ans en administration système et une certification MCSE: Core Infrastructure, j’apprends encore tous les jours. Certaines technologies évoluent trop vite pour que quiconque prétende sérieusement les maîtriser — je me méfie d’ailleurs beaucoup des « experts seniors » d’une techno sortie il y a trois ans.
En revanche, une chose ne s’invente pas : les erreurs rencontrées en production, les migrations qui se passent mal, les nuits passées à restaurer un serveur, les choix techniques qu’il faut défendre.
C’est cette expérience qui donne de la valeur à un tutoriel. Pas la qualité de son style.
RDR-IT continue
Je continuerai donc à utiliser l’IA, au même titre qu’un IDE, un correcteur orthographique ou un outil de capture d’écran. Mais je refuse qu’elle devienne l’auteur de mon contenu.
L’objectif du site n’a pas changé : des ressources techniques gratuites, concrètes et durables pour les administrateurs système. Moins de publications, mais plus de contenu utile.
Deux projets sont en cours :
- 🚀 Ansible pour les débutants : La Tour de Contrôle — formation gratuite, publiée section par section chaque semaine ;
- ⚒️ Git pour les administrateurs système : La Forge — en préparation, avec une approche pensée pour les sysadmins et non pour les développeurs.
Pour la suite, je serai principalement sur Mastodon. Un espace où les échanges comptent davantage que la course aux impressions.
Merci à toutes les personnes qui m’ont suivi sur LinkedIn au fil des années.
L’important n’est pas de savoir qui a écrit la phrase. L’important est de savoir qui possède les connaissances derrière.